Durant des années, mon sillon de vie professionnelle a été le soin, l’aide à aller mieux, à sortir de la souffrance. C’était là que je me sentais utile, attendue, reconnue. C’était facile, je savais faire et je réussissais. J’aimais mon travail, il me correspondait bien.

En évoluant dans ma vie personnelle, des changements se sont évidemment manifestés dans ma vie professionnelle. Mais il m’a fallu du temps, beaucoup de temps (ça se compte en mois, en années même), pour reconnaître ces changements. D’abord des sentiments d’insatisfaction et d’inconfort. Je tâtonnais, j’hésitais, je n’avais pas compris encore que j’avais simplement besoin de travailler autrement et de quitter les schémas appris pour aller vers mon propre modèle.

Le souci est que je ne voyais pas du tout quoi faire d’autre. Je me sentais tellement « faite pour ça » ! M’occuper de la souffrance était ma mission. 

Au gré de mes recherches, de mes errances, j’ai enfin compris que ce que j’aimais le plus n’était pas tant le traitement de la souffrance, mais l’aide à autrui pour mieux se comprendre, s’apprécier et décider pour sa vie. Et que cela ne devait pas forcément passer par le soin et encore moins par le sauvetage.

« On préfère toujours aller là où quelqu’un nous désire » (David Foenkinos). A cause de mon histoire, j’ai très longtemps cru que c’était à cet endroit du soin que j’étais désirée.

Il est temps à présent de sortir de ce sillon que je me suis tracée durant toutes ces années. J’ai compris que je peux être désirée ailleurs que dans la résolution des problèmes d’autrui. Je peux créer d’autres sillons. Mais d’abord il s’agit d’escalader la bordure de celui qui m’a été familier jusqu’à aujourd’hui.

La bordure est haute, le sillon profond. Il ressemble presque à une ornière. Je sens qu’il va me falloir un sacré coup de collier pour franchir le monticule qui me sépare du reste des possibles. Un coup de collier de légitimité, de confiance, d’audace.

Mais je sais maintenant que je peux être désirée ailleurs, dans la transmission par exemple. Devenir formatrice fait partie de ces nouveaux tracés de ma vie, avec la supervision, l’accompagnement à créer des vies qui nous ressemblent, le soutien au potentiel et aux projets de chacun.

A moi de choisir la trace, les traces que je veux faire apparaître et utiliser dans le territoire de ma vie. A moi de préférer aller là où je me désire.