C’était il y a quelques années, en séance de thérapie. J’étais là, assise en face du psy et je lui racontais comment ma part jugeante me parlais lorsque je n’étais pas contente de moi, lorsque je n’avais pas été parfaite, lorsque je n’avais pas été irréprochable.
Je lui répétais les mots que je me disais : tu es nulle, tu n’es pas digne de vivre, tu devrais disparaître et d’autres expressions encore moins polies.
Je connaissais ces phrases, pour me les dire régulièrement et presque sans en avoir conscience, depuis des années.
Mais ce jour-là, devant le thérapeute qui m’écoutait sans sourciller, je me suis entendue. Je me suis entendue me harceler, m’attaquer à coup de mots blessants et dégradants.
Au fond de moi, une autre part, que j’avais sans doute construite peu à peu au fil de mon travail de guérison, a élevé la voix.
Je me suis tue et ai stoppé le flot agressif.
Interloquée soudain de me faire subir autant de méchanceté, j’ai dit à haute voix : mais enfin, on ne parle pas comme ça aux gens qu’on aime !
On ne parle pas comme ça aux gens qu’on aime.
Donc cette part qui me parlait ainsi ne m’aimait pas. Et quelle raison aurais-je eu de l’écouter et de la croire ? Aucune !
J’ai senti en moi la part qui courbait la tête sous l’injure se redresser en sentant qu’on prenait sa défense. Elle s’est sentie joyeuse d’avoir une alliée qui se tenait à ses côtés avec aplomb et confiance.
Le temps a passé, mais cette affirmation reste. Elle a fait son chemin et il y a peu, en faisant le point, je me suis aperçue d’une avancée qui résulte de ce moment.
Pendant des années, je disais souvent à Olivier : Si tu savais qui je suis vraiment, tu me quitterais.
Il souriait, étonné et aimant.
Depuis quelques mois, je ne me dis plus jamais cela et je peux même sentir en moi la dignité et la légitimité. Je peux à présent me dire que je mérite d’être aimée et traitée avec respect et tendresse.