C’était à un moment où l’un ou l’autre de nos enfants traversait une passe compliquée. Scolarité douloureuse, relations chaotiques ou difficulté à construire une stabilité. Rien de grave, mais de quoi me soucier, en tant que mère.
Et de quoi me demander ce que j’avais bien pu (mal) faire pour que cet enfant aille mal, n’y arrive pas, ne se trouve pas.
Souvent, j’en parlais avec Olivier, lui partageant mes tentatives d’explications. C’était peut-être parce que je n’avais pas été assez protectrice, assez rigoureuse, assez présente. Ou au contraire, trop protectrice, trop rigide ou trop envahissante. J’avais peut-être transmis mes failles, mes monstres intérieurs. Parfois je pouvais en arriver à me dire qu’il n’aurait pas fallu que j’aie des enfants, parce que je leur faisais trop de mal. Je n’étais pas assez bien construire pour pouvoir les construire et leur donner ce qu’il fallait pour être équilibrés.
Bref, j’en étais là de mes réflexions à haute voix lorsqu’Olivier m’a interrompue.
Avec son sourire un peu moqueur et son regard qui m’aime quand même, il m’a dit « Ça va les chevilles ? »
Cette phrase confrontante a aussi été très efficace. J’ai arrêté le manège, le cinéma, le petit vélo. Il avait tellement raison. Pour qui est-ce que je me prenais, à vouloir tout expliquer en fonction de moi ? Comme si tout dépendait de moi, comme si je devais être toute puissante. Comme si le contrat de départ stipulait que je devais tout donner à mes enfants, qu’ils n’auraient aucune autre source que moi pour apprendre, pour grandir, pour évoluer.
Comme si personne d’autre n’avait de place dans leur éducation, leur chemin.
Comme si, surtout, ils n’avaient aucune responsabilité sur leur propre vie.
Et ma super tendance à me sentir coupable était si active dans mon rôle de mère…
Cette phrase continue de résonner en moi, souvent. Elle me sert lorsque je recommence à m’approprier toute la responsabilité des soucis de ma progéniture.
Elle me guide pour rester disponible à écouter les reproches qu’ils me font parfois et à reconnaître ma part, mais pas plus. Je fais le tri entre ce qui m’appartient et ce qui n’est pas de mon fait. J’ai été une personne parmi d’autres dans leur construction.
C’est aussi grâce à ces quelques mots que j’ai appris à lâcher et à laisser aux autres, et d’abord à mes enfants, la part qui leur revient dans la vie qu’ils ont choisi de mener.