J’ai oublié mon ordinateur dans le train

La semaine dernière, j’ai oublié mon ordinateur portable neuf dans le train entre Landerneau et Rennes.
Lorsque je m’en suis rendue compte à la gare de Rennes, alors que j’attendais tranquillement mon train pour Lyon, le calme a cédé la place à une grande agitation, à la peur, la colère. J’ai cherché contre qui m’énerver. A part moi, nul n’était responsable de ce fait. Je ne pouvais que m’en vouloir.

Il me restait 40 minutes avant ma correspondance. J’ai foncé à l’accueil pour leur demander d’alerter le contrôleur du train. Je connaissais mon numéro de place, il pouvait aller récupérer l’objet avant qu’il ne soit volé.
L’agente m’a expliqué qu’il est impossible de communiquer avec les contrôleurs et que l’on devait attendre que le train arrive à ton terminus, Paris, pour envoyer quelqu’un vérifier si l’ordinateur était bien là.
S’en sont suivies deux heures d’attente au cours desquelles, dans le train qui m’emmenait vers Lyon, j’ai eu l’occasion de m’entrainer à cet exercice difficile : ne pas (trop) anticiper. Rester connectée avec ici et maintenant et la réalité, sans partir dans des fantasmes sans objet.

Réalité : même si mon ordinateur était récupéré, il m’attendrait aux objets trouvés de Montparnasse. Je ne pourrais aller le chercher que la semaine suivante, sur le trajet retour. Je n’avais donc pas mon principal outil de travail pendant au moins 6 jours.
J’en avais absolument besoin le lendemain soir et 4 jours après, pour une formation que j’animais.
Je devais donc trouver des options, des soutiens, des solutions pour pallier ce problème (trouver un ordinateur, me faire envoyer mes fichiers…).

Fantasme : et si on ne le retrouvait pas ? et si je devais m’en racheter un ? 3 mois après l’achat de celui-ci ? comment faire ? quel gâchis ! et si je ne pouvais pas récupérer mes fichiers ? et si je devais annuler la formation ?

La réalité présentait des faits concrets, de l’ici et maintenant, avec lesquels je pouvais agir. J’ai pu envoyer des mails pour chercher un ordi, demander à ma fille de trouver mes fichiers sur mon disque dur externe, resté à la maison et de me les envoyer.
J’ai su assez vite que je pouvais maintenir ma formation.

Mes fantasmes n’étaient que des suppositions, des bricolages de mon imagination, avec lesquels je ne pouvais pas agir dans la vie réelle, puisqu’ils ne s’y déroulaient pas. Je n’allais quand même pas me racheter un ordinateur sans savoir ce que l’autre était devenu !
J’ai vu concrètement combien ces constructions imaginaires pompent de l’énergie par les circuits fermés et émotionnellement intenses qu’elles créent.
Ces « Et si… » qui jaillissent comme des geysers et éclaboussent notre intelligence de gouttes de stress, d’inquiétude, d’incertitude et surtout, d’impuissance. Car ce sont des pensées, uniquement des pensées, sans lien avec ce qui est là, sous nos yeux, dans notre vie actuelle.
Des pensées puissantes mais non connectées au réel. Alors que nous n’existons que dans la réalité. Des pensées puissantes qui rendent impuissants.

J’ai donc passé deux heures à tenter le plus possible de me ramener à ce qui se passait là, à supporter cette incertitude et cet imprévisible, à calmer mon impatience et à anticiper ce que j’étais sûre de devoir prévoir, sans céder à un sentiment d’urgence pour ce qui n’en était pas.
Lorsque j’ai finalement su que mon ordinateur avait été retrouvé, j’ai été soulagée.
Mais j’ai surtout été fière d’avoir appris à réguler mon cinéma intérieur pour éviter qu’il s’emballe et m’entraîne avec lui dans ses scénarios absurdes et générateurs d’impuissance.
Oublier mon ordinateur a été une nouvelle occasion d’apprendre. Finalement, je me dis que j’ai bien fait !