Faire à l’autre ce que je ne voudrais pas que l’on me fasse

Dans mon engagement avec Olivier, parmi tous les enseignements que la vie à deux m’a apportés, il en est un qui m’a d’abord déroutée, puis amusée.
Il peut se résumer par cette phrase qui sonne comme une « contre-maxime » :

« fais à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » 

En effet, nous sommes tant à nous comporter selon ce que nous aimerions vivre à sa place et souvent, notre amour pour l’autre va nous amener à lui proposer notre option favorite ; en résumé, à faire à l’autre ce qu’on voudrait qu’on nous fasse !

Je rentre fatiguée du travail et mon conjoint me propose de tout gérer pendant que j’irais me coucher. C’est ce qu’il aime faire lorsqu’il est en perte d’énergie, mais pas moi. Ce que j’aime dans ces situations, c’est m’assoir dans la cuisine, ne pas bouger, et regarder les autres s’activer à préparer le repas et faire vivre la maison sans que j’aie à lever le petit doigt. Ça, ça me repose !

Olivier semble nerveux, contrarié. Je lui propose d’en parler, de partager avec moi tout en buvant un bon thé chaud. En ce qui me concerne, c’est ma meilleure façon de prendre de la hauteur et sortir du marasme. Mais lui non ! Il préfère aller s’isoler dans son atelier-grotte et attendre que ça passe, tout seul, dans son coin.

Pour me sentir aimée et reconnue, j’ai besoin de moments précieux à deux, de temps de qualité, qui peuvent être tout simples, mais dans lesquels je me sens exister pleinement pour l’autre. Un pique-nique improvisé pour un petit-déjeuner sur la plage, une bougie posée sur la table entre nos deux assiettes et j’ai ma dose !
Mais si je propose la même chose à Olivier, ça ne le comblera pas autant que moi.

Olivier aime les paroles valorisantes. Que je lui exprime mon admiration pour ce qu’il crée ou ce qu’il réalise. Si je le félicite d’avoir réparé tel objet ou réalisé telle gravure, il sera ravi. Chez moi, l’effet de l’éloge est beaucoup moins probant.

J’ai dû apprendre à lui donner ce qui le nourrit, même si c’est contre-intuitif. Ce qui me ressource, m’énergise, n’est pas ce qui le ressource, et vice versa.
Lui donner ce qui lui convient mais ne me plairait pas, c’est comme choisir pour l’autre un cadeau que je n’aimerais pas que l’on m’offre.
Mais voir son visage s’éclairer lorsque je le complimente, sentir qu’il est heureux et rempli par mes paroles est une belle récompense à mon attention.

Bien sûr, je ne mens pas lorsque je lui dis cela. Je suis le plus authentique possible. L’idée n’est pas d’être hypocrite, mais de me tourner vers l’autre, de me séparer un peu de moi, ma vision, ma façon de voir le monde et de me centrer sur ce qui le rend heureux, lui.
Si je regarde une des ses nouvelles gravures, je pourrais simplement dire : C’est bien ! Mais là, en tenant compte de son besoin, je vais lui dire : J’aime beaucoup ! C’est super ! Telle partie me fait vibrer, telle autre m’inspire telle sensation.
C’est un effort parfois, mais ça facilite tellement les relations de donner à l’autre ce qu’il aime et lui fait du bien ; de contribuer à sa joie, à son plaisir de vivre.

Et au fond, ça n’est pas très compliqué de faire ces pas vers l’autre et de participer ainsi à la santé et à la beauté du lien qui vit entre nous.