C’était l’hiver dernier. Notre fille, jeune adulte, était encore à la maison. Revenue depuis 2 ans, elle était là pour réparer ses blessures et profiter du temps que nous lui offrions chez nous dans ce but.

Ces deux années avaient aussi été l’occasion de prendre soin et même d’améliorer notre relation mère / fille.
Pour des tas de raisons, nous n’avions pas pu construire un lien de complicité, un lien de proximité, depuis qu’elle était petite.
La preuve en était que lorsqu’elle partait, elle ne me manquait jamais. C’était douloureux à constater, mais c’était ainsi.

Au cours de ces 24 mois, nous avons beaucoup parlé de notre relation, de ce qui la constituait. Nous avons pu nous dire que si nous n’étions pas mère et fille, nous ne serions sans doute pas amies. Nous avons des goûts différents, des caractères pas toujours très compatibles. Nos conflits étaient souvent un mixte entre colère piquante et silence vexé. Nous avions du mal à ne pas être d’accord.

Tous ces jours passés ensemble ont été une merveilleuse opportunité de mettre sur la table et dans nos mots ce que nous vivions l’une avec l’autre et d’apprendre à nous connaître.
Un jour, dans le rayon lampes d’un magasin de déco, elle me demande :  A ton avis, laquelle je préfère ? Une jolie occasion d’explorer un peu plus l’univers de l’autre.

Et donc, l’hiver dernier, nous sommes toutes les deux dans la cuisine, en train de faire des confitures. Nous sommes en train de remplir les pots et je la regarde.
Soudain, je suis traversée par la perspective de son départ qui approche et par l’anticipation de ce que je vais ressentir.
Je le lui dis : Tu vas tellement me manquer lorsque tu vas t’en aller !
Son visage s’inonde d’un grand sourire et elle me répond : Oh maman ! C’est tellement bon à entendre ! Ça va tellement m’aider à partir, de savoir que je vais te manquer, que le lien va rester, que tu ne m’oublieras pas !

Depuis, notre fille est partie. Elle s’en est allée avec douceur et facilité, sécurisée par ce nouveau sentiment d’ancrage.
Elle me manque parfois intensément. Mais ce manque est à la mesure de l’attachement qui nous avons créé au cours de ces deux années. C’est un manque joyeux, qui témoigne de ce que j’ai enfin réussi à construire avec ma fille, un lien solide et vivant, qui durera dans le temps.
Un lien précieux dont je suis fière, car nous y avons oeuvré avec amour et persévérance. Un lien qui dit aussi qu’il n’est jamais trop tard pour transformer nos relations bancales en rencontres authentiques et nourrissantes.